
À l’automne dernier, le ministre des médias Albert Rösti a annoncé ce que le Conseil fédéral souhaite mettre en œuvre par voie d’ordonnance : la redevance médiatique pour les ménages privés doit être réduite de 335 à 300 francs et davantage d’entreprises doivent être exemptées de la redevance professionnelle (80 % au lieu de 75 %). Dans l’émission « Samstagsrundschau » diffusée aujourd’hui sur Radio SRF, Albert Rösti a indiqué où, selon lui, la SSR devrait faire des économies : en ligne.
Cette déclaration est révélatrice.
Avec l’avènement d’Internet à la fin des années 90, la consommation des médias a commencé à changer progressivement. Ceux qui empruntaient déjà les transports publics il y a 20 ans et qui continuent de le faire aujourd’hui le savent par expérience : à l’époque, le bruissement des journaux était monnaie courante dans les trains de banlieue, mais aujourd’hui, presque tout le monde a les yeux rivés sur son appareil mobile.
La consommation de médias sur les plateformes Internet et les réseaux sociaux ne cesse de croître. Cette évolution est clairement attestée par de nombreuses enquêtes. Les grands groupes médiatiques ont réagi depuis longtemps : ils sont présents avec des portails d’information, des podcasts, des séquences vidéo et sur toutes les plateformes de réseaux sociaux courantes. À cela s’ajoutent les offres à la demande. Si quelqu’un rate le début de l’émission « Echo der Zeit » de Radio SRF à 18 heures, ce n’est pas un problème. Grâce à SRF Play, il est possible d’écouter l’émission à tout moment depuis le début. Une petite heure après la première diffusion de cette émission d’information et d’analyse, elle est déjà disponible en podcast. Il en va de même pour le « Tagesschau », chaque DOK, « Mona mittendrin », etc., ainsi que pour les films et séries grâce à la plateforme de streaming « PlaySuisse ».
La transformation bat son plein, car il est désormais admis que la consommation en ligne correspond le mieux aux besoins des gens. La BBC, qui définit les normes journalistiques mondiales depuis la Grande-Bretagne, se restructure de manière à ce qu’à partir de 2030, la grande majorité de ses offres ne soient plus disponibles de manière linéaire, mais uniquement à la demande, principalement via des applications.
Une entreprise médiatique qui ne parvient pas à se transformer et à présenter ses offres de manière attrayante sur Internet et sur les applications serait condamnée à disparaître en quelques années. Cela vaut également pour la SSR. Aujourd’hui déjà, l’entreprise médiatique publique est soumise à des restrictions strictes en matière de présence sur Internet. Les contributions sans rapport avec les émissions de radio ou de télévision ne doivent par exemple pas dépasser 1000 caractères, ce qui correspond à deux courts paragraphes. Toute restriction supplémentaire affaiblit la SSR et réduit son offre. Il est faux de croire que les médias privés se développeraient mieux. Ils s’affaiblissent parce que les recettes publicitaires s’écoulent à l’étranger.
Le conseiller fédéral Rösti et d’autres décideurs qui ignorent l’évolution rapide des médias font donc fausse route. Il faudrait ici combler les lacunes de manière ciblée, ce qui permettrait de réduire les mauvaises décisions et d’ouvrir un véritable débat sur le service public médiatique.